Stan Wawrinka a quitté le circuit à Bâle le 27 octobre 2026. Son héritage ne tient pourtant pas dans son dernier score, mais dans une anomalie : ses trois titres du Grand Chelem ont tous été conquis en battant le numéro 1 mondial en finale. Dans l’ère Federer-Nadal-Djokovic, le Suisse n’a pas seulement profité des rares portes ouvertes. Il les a enfoncées.
Le récit du joueur coincé dans l’ombre de Roger Federer est commode. Il dit quelque chose de la hiérarchie suisse, beaucoup moins de la violence sportive des sommets atteints par Wawrinka. L’Open d’Australie 2014 contre Rafael Nadal, Roland-Garros 2015 puis l’US Open 2016 contre Novak Djokovic : chaque fois, le favori installé au sommet du classement se trouvait de l’autre côté du filet.
Wawrinka n’a jamais été numéro 1. Il n’a pas dominé une décennie ni collectionné les saisons presque parfaites. Son meilleur classement, troisième mondial, décrit une régularité inférieure à celle des trois monstres. Il ne décrit pas la menace qu’il représentait lorsqu’il parvenait au bout d’un grand tournoi.
Le palmarès que la hiérarchie explique mal
La distinction est importante. Un classement récompense une accumulation de résultats. Une finale majeure exige de gagner un match précis, dans des conditions précises, sous une pression extrême. Wawrinka a remporté ses trois premières finales de Grand Chelem avant de perdre la quatrième, contre Nadal à Paris en 2017. Son palmarès ne repose donc pas sur une série de fenêtres creuses.
À Roland-Garros en 2015, il a aussi écarté Federer avant de battre Djokovic. Le Serbe poursuivait alors le titre parisien qui manquait encore à sa collection. Wawrinka n’est pas devenu champion parce que le tableau s’était vidé de ses obstacles les plus imposants : il les avait éliminés.
Un champion tardif, pas un figurant patient
Son premier titre majeur arrive à 28 ans. Ce détail rend sa carrière particulièrement dérangeante pour les lectures trop rapides du potentiel. À un âge où beaucoup sont déjà rangés parmi les joueurs solides sans avenir historique, il commence sa meilleure séquence. Son tennis agressif, son revers à une main et sa capacité à soutenir l’échange deviennent les armes d’un prétendant, pas les jolies qualités d’un outsider.
Les hommages de retraite peuvent adoucir toutes les différences et transformer chaque carrière en conte admirable. Celle de Wawrinka mérite mieux : une place exacte. Moins dominant que les géants sur la durée, assez fort pour les priver personnellement de trois grands titres. Ce ne sont pas les miettes d’une époque. Ce sont trois morceaux arrachés à son sommet.
Passionné par le sport et ses grandes histoires, Philippe couvre une actualité volontairement éclectique. Des grands événements aux performances individuelles, il s’intéresse autant aux résultats qu’aux acteurs et aux récits qui font vivre le sport.


