Joseph Yegba Maya est mort le 4 octobre à l’âge de 82 ans, des suites d’une maladie. Avec 113 buts en 236 matches sous le maillot de l’Olympique de Marseille, l’ancien attaquant camerounais appartient au cercle fermé des grands buteurs du club. Son décès révèle aussi un paradoxe cruel : un homme placé si haut dans l’histoire de l’OM était devenu presque invisible dans le récit moderne.
Les chiffres interdisent pourtant l’oubli. Arrivé à l’OM en 1962, Joseph a porté le club pendant huit saisons, au moment où Marseille cherchait à retrouver sa place parmi les puissances du football français. Il a participé à la remontée en première division en 1966, puis au triomphe en Coupe de France en 1969. En finale contre Bordeaux, il a inscrit le deuxième but du succès 2-0.
Son parcours n’avait rien d’un produit programmé pour l’élite. Né à Otélé, au Cameroun, il rejoint Marseille adolescent, travaille comme mécanicien à la SNCF et joue au Gallia Chutes-Lavie. Un match de Coupe de Provence contre la réserve olympienne change sa vie : il marque quatre fois malgré la défaite 5-4 de son équipe et attire l’attention des dirigeants de l’OM.
Un buteur immense dans un football sans archives permanentes
Puissant, dominateur dans les airs et obsédé par la surface, Maya n’avait pas besoin d’être le joueur le plus élégant pour peser. Il anticipait, fixait les défenseurs et transformait les ballons disponibles. Sa saison 1968-1969 s’est conclue avec 21 buts en championnat. La suivante, sa dernière à Marseille, en a produit 24.
Il a aussi signé une performance qui résisterait aujourd’hui à des jours de vidéos virales : cinq buts en une seule mi-temps contre le Red Star, à Saint-Ouen, en 1970. L’exploit existe toujours dans les livres, mais les images de cette époque circulent peu. C’est ainsi que la mémoire contemporaine fabrique ses angles morts. Les statistiques restent, la légende s’efface derrière les générations filmées en continu.
Après Marseille, l’international camerounais a joué à Valenciennes, Strasbourg puis Béziers. Avec les Lions indomptables, il a compté 25 sélections et dix buts, participant notamment à la Coupe d’Afrique des nations 1972, terminée à la troisième place par le Cameroun.
Marseille sait célébrer ses héros, mais doit aussi les transmettre
Le décès de Joseph Yegba Maya oblige l’OM à regarder au-delà de ses épopées les plus vendues. L’histoire du club n’a pas commencé en 1993, pas plus qu’elle ne se résume à Papin, Drogba ou aux vedettes de l’ère moderne. Avant les soirées européennes, des joueurs comme Maya ont accompagné la reconstruction d’un club qui alternait alors entre les divisions et cherchait sa grandeur.
Son bilan varie selon que l’on compte les seules rencontres de championnat ou l’ensemble des compétitions. Le total retenu par le club et la presse marseillaise est de 113 buts en 236 matches, ce qui le place au septième rang des buteurs de l’histoire olympienne. Cette précision compte : elle mesure la trace d’un joueur que les algorithmes et les compilations connaissent mal.
Joseph n’était peut-être pas oublié par les anciens du Vélodrome. Il l’était trop par le football qui ne se souvient que de ce qu’il peut revoir. Sa disparition rend soudain son nom visible. Le véritable hommage consistera à ne pas attendre un autre décès pour raconter ceux qui ont construit Marseille avant les caméras, les réseaux et les campagnes mondiales.
Passionné de sports mécaniques, Marc suit la Formule 1 et les grandes compétitions automobiles. Résultats, pilotes, écuries, coulisses et évolutions techniques : il décrypte une discipline où chaque détail peut faire la différence.

