Les tournois du Grand Chelem ont créé un conseil consultatif pour discuter avec les joueurs de rémunération, de conditions de travail et de calendrier. Dans la composition rendue publique fin septembre 2026, deux noms sautent aux yeux par leur absence : Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Novak Djokovic, Alexander Zverev, Ben Shelton, Félix Auger-Aliassime, Lorenzo Musetti et Arthur Rinderknech figurent parmi les représentants masculins annoncés. Le paradoxe est saisissant : les deux vedettes les plus exposées ne siègent pas à la table appelée à discuter de l’avenir de leur sport.
Il ne faut pas prêter aux absents une opposition qu’ils n’ont pas formulée. Ne pas appartenir à ce conseil ne signifie ni approuver les Grands Chelems, ni abandonner toute revendication. Alcaraz avait pris ses distances en septembre avec la campagne de joueurs réclamant une plus grande part des revenus des quatre grands tournois. Sinner, lui, avait été présenté comme l’un des soutiens importants de cette démarche. Leurs trajectoires ne se confondent donc pas, même si leur absence produit la même image publique.
Une paix annoncée, pas un partage réglé
Le conseil a été annoncé le 20 août par les quatre tournois majeurs. Il doit fournir un canal permanent de dialogue. Cette avancée répond à une campagne menée sur les prix, le bien-être des joueurs et leur place dans les décisions. L’US Open a parallèlement annoncé 108 millions de dollars de rémunération totale pour son édition 2026, un record, ainsi qu’une enveloppe initiale de deux millions de dollars destinée à un programme de soutien dont les modalités restent à préciser avec les représentants des joueurs.
Ces chiffres ne suffisent pas à clore la dispute. La question posée par les professionnels porte sur la part des revenus qui leur revient, la répartition entre les têtes d’affiche et les moins bien classés, et la capacité réelle du conseil à peser sur les décisions. Un organe consultatif peut ouvrir des portes. Il peut aussi devenir un moyen de canaliser la contestation sans modifier le rapport de force. Il faudra juger ses effets, pas seulement sa création.
Les stars peuvent-elles déléguer le combat ?
Djokovic ou Zverev apportent du poids médiatique à la nouvelle instance. La présence de joueurs moins célèbres élargit aussi le débat à ceux pour qui les frais de déplacement, les équipes techniques et les blessures pèsent davantage dans le budget. L’absence d’Alcaraz et de Sinner n’invalide donc pas le conseil. Elle laisse pourtant planer une interrogation sur son autorité symbolique au moment de négocier face aux organisateurs.
L’argent du tennis ne se résume pas à la prime du champion. Il détermine qui peut durer sur le circuit et qui possède le temps de se soigner sans disparaître du classement. Tant que le nouveau conseil n’aura pas produit d’avancée mesurable, son lancement restera une promesse. Et le silence institutionnel des deux plus grandes affiches masculines demeurera une question que ce sport devra expliquer.
Passionné de sport et l’émotion qui l’accompagne. Journaliste. 2 finales de Ligue des champions à mon actif. Passionné de tennis. Parisien de naissance et de coeur !


