Schumacher : Son manager avait vanté une expérience qu’il n’avait pas

Michael Schumacher a impressionné la F1 dès ses premières qualifications, à Spa en août 1991. Eddie Jordan n’avait pourtant pas toutes les bonnes informations lorsqu’il lui avait confié la voiture. Le manager de l’Allemand avait assuré qu’il connaissait très bien le circuit. Schumacher allait en réalité devoir le découvrir autrement, notamment à vélo.

Le baquet s’était libéré dans des circonstances exceptionnelles. Bertrand Gachot avait été incarcéré après une altercation avec un chauffeur de taxi à Londres. Jordan devait trouver rapidement un remplaçant pour le Grand Prix de Belgique.

Schumacher, âgé de 22 ans, bénéficiait du soutien de Mercedes. Son expérience venait notamment des voitures de sport et de la Formule 3. Il avait du talent, mais aucune course de Formule 1 derrière lui.

Son manager Willi Weber avait alors fortement embelli un élément de son dossier.

Spa, « une centaine de fois » selon Weber

Interrogé sur l’expérience de son pilote à Spa, Weber avait affirmé qu’il y avait roulé environ cent fois. Il reconnaîtrait ensuite que cette réponse était fausse. Schumacher a, de son côté, présenté l’épisode comme une confusion sur les circuits où il avait déjà couru.

Eddie Jordan a expliqué plus tard que, s’il avait connu la réalité, il aurait peut-être préféré confier sa voiture à un pilote expérimenté. La présentation du dossier avait donc compté.

Schumacher a ensuite cherché à apprendre le tracé par tous les moyens. Une reconnaissance en voiture avec Andrea de Cesaris n’ayant pas eu lieu comme prévu, il a notamment parcouru le circuit sur un petit vélo pliant sorti du coffre de sa Mercedes.

Quelques tours ont suffi à convaincre le paddock

Le week-end a rapidement fait passer l’anecdote au second plan. Schumacher s’est qualifié septième, devant son coéquipier expérimenté. Pour un débutant découvrant la discipline et le circuit, le résultat était remarquable.

La course du 25 août 1991 s’est arrêtée après quelques centaines de mètres, sur un problème d’embrayage. L’abandon n’a pas effacé l’impression laissée pendant les essais.

Dès le Grand Prix suivant, à Monza, Schumacher était au volant d’une Benetton. Jordan n’avait donc conservé sa découverte que le temps d’un week-end.

Son recrutement avait bénéficié d’un récit arrangé sur son expérience. Mais ce n’est pas cette histoire qui avait convaincu les autres équipes : à Spa, elles avaient désormais un chronomètre et une septième place pour juger le pilote.