Adrien Rabiot refuse d’expliquer l’échec contre l’Espagne par un manque de talent. Jeudi, le milieu des Bleus a mis en avant la supériorité tactique de la Roja et sa préparation. Une déclaration qui interroge le travail de l’ancien staff. Mais qui engage aussi les joueurs pour la suite.
La page Didier Deschamps est tournée, mais le bilan de son dernier Mondial continue de faire parler. Interrogé le 24 septembre, avant le déplacement des Bleus en Turquie, Adrien Rabiot est revenu sur la demi-finale perdue contre l’Espagne, le 14 juillet dernier, sur le score de 2-0. Pour le milieu français, la différence ne venait pas d’un effectif espagnol individuellement supérieur.
Son explication porte ailleurs : les Espagnols ont mieux joué tactiquement et « ils ont peut-être mieux préparé cette rencontre ». Le mot peut-être compte. Rabiot propose une lecture de la défaite ; il ne révèle ni désaccord interne ni consigne ignorée. Sa prise de parole n’en déplace pas moins le débat vers les choix qui ont précédé le match.
Le talent des joueurs défendu, le plan de jeu interrogé
En refusant l’argument d’un manque de qualité, Rabiot protège le potentiel de cette génération. Il place en revanche la préparation collective au centre de l’explication. C’est précisément le domaine dans lequel un sélectionneur et son staff doivent transformer une addition de grands joueurs en équipe capable de battre les meilleurs.
L’international ne cite pas Deschamps pour l’accuser personnellement. Il rappelle surtout les difficultés répétées contre l’Espagne et estime qu’il faudra trouver une réponse tactique lors d’une prochaine confrontation. Présenter ses propos comme le récit d’une rupture avec l’ancien sélectionneur irait donc au-delà de ce qu’il a dit.
Cette lecture reste discutable. Daniel Riolo a notamment contesté sa lucidité dans le débat qui a suivi. La supériorité tactique d’un adversaire peut aussi tenir à l’exécution des joueurs, aux déplacements ou aux décisions prises sous pression. Le banc n’explique pas tout.
Une exigence qui revient désormais aux Bleus de Zidane
Pour Zinedine Zidane, la déclaration fixe néanmoins une attente très concrète. Si les Bleus disposent déjà du talent nécessaire, le progrès devra se voir dans leur organisation, leurs associations et leur capacité à répondre à un adversaire qui contrôle le jeu.
Rabiot s’engage lui aussi. Un joueur qui insiste sur la qualité de l’effectif pourra difficilement invoquer uniquement ses limites individuelles si les mêmes problèmes réapparaissent. L’amélioration devra concerner les consignes autant que leur application.
La première rencontre du nouveau sélectionneur ne tranchera évidemment pas ce débat. Mais Rabiot a posé un critère pour juger la suite : lorsque la France retrouvera une grande sélection, elle devra montrer qu’elle sait faire autre chose que compter sur ses meilleurs joueurs.
Spécialiste du rugby, Simon suit de près le Top 14, les compétitions européennes et le XV de France. Résultats, transferts, performances et grands rendez-vous : il décrypte l’actualité du ballon ovale tout au long de la saison.
