L’ATP promet une hausse globale de la rémunération des joueurs à partir de 2028. Des spécialistes du double craignent pourtant d’y perdre leur métier. Leur lettre ouverte du 26 octobre 2026 met à nu une contradiction : un circuit peut devenir plus riche tout en offrant moins de possibilités à une partie de ses membres.
Le mouvement réunit 137 joueurs en activité et le soutien de fédérations nationales. Sem Verbeek a diffusé publiquement leur texte. Les signataires contestent les réductions de tableaux envisagées et le transfert d’une partie des dotations du double vers le simple. Il ne s’agit pas d’annoncer la disparition déjà décidée d’une discipline : les propositions restent soumises à consultation et à approbation. L’existence même du projet a néanmoins suffi à mobiliser ceux dont la carrière en dépend.
Les perdants ne figurent pas dans le total affiché
Dans sa présentation du 15 octobre, l’ATP a décrit un programme susceptible de porter la rémunération annuelle des joueurs à environ 350 millions de dollars, hors Grands Chelems. L’ensemble comprend des primes, des dispositifs sociaux et des évolutions de calendrier. Le double n’est qu’une partie de ce chantier, mais il en révèle le choix politique.
Les formats discutés pourraient réduire à seize équipes certains tableaux de Masters 1000 et à huit ceux de tournois plus petits. Moins de places ne signifie pas uniquement moins de chèques versés. Cela veut aussi dire moins d’occasions de progresser, de marquer des points et de construire les résultats permettant d’entrer dans les compétitions suivantes.
L’ATP fait valoir la recherche d’un modèle durable. Elle indique également que l’argent éventuellement réaffecté resterait destiné aux joueurs, notamment dans les qualifications et les premiers tours du simple. Le débat n’oppose donc pas simplement des sportifs à une organisation qui garderait toute l’économie réalisée.
Une discipline peu visible doit-elle encore rétrécir ?
C’est précisément ce qui rend le conflit difficile : soutenir les joueurs de simple moins bien classés constitue un objectif défendable. Le financer en réduisant les débouchés des spécialistes du double pose une autre question. La solidarité entre joueurs devient-elle une compétition entre leurs professions ?
Les contestataires demandent une meilleure promotion de leur discipline et rappellent sa place dans la pratique des clubs. Cet argument ne fournit pas, à lui seul, un modèle économique rentable. Il oblige toutefois à distinguer un manque d’intérêt intrinsèque d’un manque de visibilité organisée.
Un tableau réduit peut concentrer la qualité et simplifier l’exploitation d’un tournoi. Il peut aussi accélérer la marginalisation qu’il prétend corriger. Avant de présenter la croissance du tennis comme une victoire commune, l’ATP devra donc expliquer à qui elle ouvre des portes — et à qui elle risque de les fermer.
Passionné de tennis, de cyclisme et de sports outdoor, Stéphane suit les disciplines où la performance individuelle et le dépassement de soi occupent une place centrale. Il décrypte l’actualité, les grands rendez-vous et les athlètes qui les font vivre.

