Tennis : un point rejoué, puis la honte… Gauff révèle le déferlement raciste

Une lumière a clignoté, l’arbitre a fait rejouer un point et Coco Gauff s’est retrouvée accusée de tricherie avant d’être visée par des insultes racistes. La victoire de l’Américaine contre la jeune Chinoise Sun Xinran, lundi à Pékin, aurait dû rester un épisode de tension sportive. Elle s’est transformée en démonstration glaçante de la violence qui frappe les joueuses sur les réseaux sociaux.

La scène s’est produite tard dans le premier set. Menée 5-4 et au service, Gauff a levé la main pendant l’échange après avoir été gênée par le scintillement d’un panneau publicitaire électronique. Sun pensait avoir conclu le point. Après recours à la vidéo, l’arbitre a décidé de le rejouer. L’Américaine a remporté cette reprise, égalisé à 5-5 puis pris le contrôle du match pour s’imposer 7-5, 6-1.

La décision a frustré la joueuse chinoise de 16 ans, bénéficiaire d’une invitation et engagée dans son premier tournoi WTA. Cette frustration sportive est compréhensible. Gauff elle-même a expliqué avoir présenté ses excuses après la rencontre et assuré que Sun avait compris la situation. Rien, en revanche, ne pouvait justifier la suite.

La polémique sportive a servi de prétexte

Sur X, Coco Gauff a répondu à un message contenant une insulte raciste. Elle a rappelé que chacun pouvait la désapprouver sans recourir au racisme, puis révélé avoir reçu en quelques heures une quantité « insensée » de commentaires et de messages privés racistes. Elle a également rejeté les accusations de tricherie et de vol.

Sur le fond, la joueuse a utilisé une procédure prévue par le règlement. Les tenniswomen peuvent demander une vérification vidéo pour certaines décisions de jugement, notamment lorsqu’un élément extérieur a perturbé l’échange. La décision finale appartenait à l’arbitre, pas à Gauff. Un incident comparable s’était d’ailleurs produit dans le tournoi masculin, lors d’un match entre Alexander Zverev et Novak Djokovic, avec un point rejoué à cause des panneaux lumineux.

Il reste possible de débattre du moment où Gauff a levé la main, de l’avantage perdu par Sun ou de la décision arbitrale. Mais la bascule vers les attaques racistes montre que le point n’était plus le véritable sujet pour une partie des auteurs. La controverse a simplement offert un prétexte à une violence déjà disponible.

Plus de 12 000 messages abusifs en un an

Le cas Gauff ne constitue pas une anomalie isolée. Une étude menée par la WTA et World Tennis a recensé plus de 12 000 publications et messages abusifs visant les joueuses et les acteurs du tennis en 2025, contre environ 8 000 l’année précédente. L’instance féminine utilise désormais un système fondé sur l’intelligence artificielle pour surveiller les comptes de milliers de joueuses et d’officiels.

Ces outils peuvent identifier, signaler ou documenter les attaques. Ils ne règlent pas le mécanisme qui les déclenche. La proximité apparente des réseaux donne à n’importe quel spectateur l’accès direct à une athlète quelques secondes après un point contesté. Les paris, les nationalismes, le sexisme et le racisme se mélangent alors dans une même décharge.

Gauff a pris soin de soutenir Sun, qu’elle considère comme un immense talent au début d’une grande carrière. Ce geste empêche de transformer l’affaire en duel entre les deux joueuses. L’adversaire n’était pas la jeune Chinoise, ni même l’arbitre. C’était cette foule numérique capable de convertir une lumière défaillante en permission d’attaquer une femme noire.

Le tennis peut encore discuter du point rejoué. Il ne devrait plus discuter de la limite franchie ensuite. Elle ne relève ni de la passion, ni de la polémique, ni d’un désaccord sur les règles. Elle porte un nom beaucoup plus simple : le racisme.