OM : McCourt a « coupé les robinets », la question que personne ne veut trancher

La formule de Medhi Benatia date du 14 septembre 2026, mais elle ne vieillira pas au rythme d’un résultat : après dix ans de déficits, Frank McCourt aurait décidé de « couper les robinets ». L’ancien directeur du football de l’OM décrivait ainsi un été sans recrue et marqué par la réduction des dépenses. Derrière la petite phrase se cache une question qui vaut bien plus qu’un débat de mercato : Marseille peut-il encore promettre un projet ambitieux sans dire clairement quel prix son propriétaire est prêt à payer ?

Benatia s’exprimait sur Canal+ après son départ du club. Ses propos donnent son point de vue sur les décisions du propriétaire ; ils ne remplacent pas une présentation détaillée des comptes par l’OM. Il a néanmoins raconté que les ventes et la baisse de la masse salariale avaient pris le pas sur les arrivées. Selon lui, le club avait même envisagé les départs d’Igor Paixão et d’Amine Gouiri sans certitude de pouvoir les remplacer. Les deux attaquants sont finalement restés.

Le mercato a changé de sens

Dans un club qui a longtemps fait de l’agitation estivale une preuve d’ambition, ne pas recruter envoie un signal puissant. Cela ne signifie pas automatiquement renoncer à gagner. Une politique plus prudente peut aussi forcer à mieux développer les joueurs déjà présents et à sortir d’un cycle coûteux de corrections permanentes. Mais une transition n’est crédible que si elle est expliquée, chiffrée et assumée. Benatia a lui-même appelé à être franc avec les supporters.

Le problème de l’OM est que le discours sportif avance souvent plus vite que les moyens annoncés. Bruno Genesio doit être jugé sur ce qu’il fait travailler à son équipe, pas sur des recrues imaginaires. Dans le même temps, un entraîneur privé de profondeur ne peut pas toujours répondre à l’urgence marseillaise par un simple changement de système. La tension entre ambition et budget ne disparaît pas parce que le calendrier offre une victoire.

La responsabilité remonte jusqu’au propriétaire

McCourt a financé le club sur la durée, et Benatia présente le resserrement comme la conséquence d’années de pertes. Rien n’autorise à conclure qu’il souhaite vendre l’OM ou abandonner le projet. Le sujet est plus précis : quel niveau d’investissement considère-t-il désormais soutenable, et comment cette limite se traduit-elle dans les objectifs fixés à l’équipe ? Tant que la réponse reste floue, chaque performance faible sera interprétée comme la facture d’une décision venue d’en haut.

Marseille n’a pas seulement besoin d’un prochain bon résultat. Il lui faut une règle du jeu lisible, capable de résister aux émotions d’une semaine. Si la priorité est d’assainir les finances, il faut le dire sans promettre un effectif taillé pour tout dominer. Si l’ambition reste maximale, il faut montrer comment elle sera financée. Entre les deux, le flou coûte déjà cher en confiance.